Destinations Nouvelle-Zélande

Mon incroyable Noël en plein été

S’envoler vers la Nouvelle-Zélande est une expérience en soi. Le genre d’expérience où tu testes ta patience mais également la solidité de ton estomac. Avec plus de 40 heures de trajet, 3 vols long-courriers, des attentes interminables aux douanes et des plateaux repas indigestes, j’ai laissé échapper un ouf de soulagement quand j’ai enfin pu poser les pieds sur le sol de l’aéroport de Christchurch. C’était dans la nuit du 23 au 24 décembre et j’étais encore loin d’imaginer à quel point les 24 heures qui suivirent allaient être aussi savoureuses. Retour sur mon incroyable Noël sans sapin (mais avec beaucoup d’amour) à 19.000 km de chez moi. 

Je suis plantée devant le comptoir du service des bagages. Le bilan est sans appel: j’ai plus de 7 heures de retard et personne n’a la moindre idée d’où est mon fichu sac. Les seules valises que je trimbale sont sous mes yeux, glorieux symbole d’un voyage de 42 heures. Mais tout cela a finalement peu d’importance : je suis tellement heureuse d’être ENFIN arrivée à destination que j’en oublie vite les désagréments du trajet. Et puis, après tout, j’avais évité de justesse le pire scénario catastrophe qui pouvait m’arriver, à savoir me retrouver coincée à l’aéroport de Shanghai durant le réveillon de Noël. Cette victoire méritait amplement un petit moonwalk dans la file à la douane.

Je ne tiens littéralement plus en place. Dans le hall de l’aéroport, Johan m’attend depuis plusieurs heures déjà et n’en crois pas ses yeux. Mon voyage a été si foireux que, depuis la veille, il était convaincu que je n’arriverais pas « dans les temps », c’est-à-dire avant la nuit de Noël. Mais je suis bel et bien là, tel un gros cadeau au pied du sapin !

Nos retrouvailles sont intenses. Apercevoir sa petite casquette parmi la foule provoque en moi un huit aérien de folie. Ou peut-être est-ce déjà les premiers symptômes du décalage horaire ? Je marche vers lui. J’ai le vertige. On se serre dans les bras l’un de l’autre. J’ai le vertige. On s’embrasse. J’ai le vertige. On se regarde. J’ai le vertige. On se met à rire, soulagés. L’espace de 10 petites secondes, je me surprends à fredonner tout bas la chanson All I Want For Christmas Is You. Mariah, sors immédiatement de ce corps! On a dû me droguer dans l’avion, je ne vois pas d’autres explications.

Arrivés au parking, Johan me présente le super van blanc qui nous emmènera faire le tour de l’île du Sud durant ces trois semaines. Il est parfait, surtout suite au relooking « spécial fêtes » qu’il a subi avant mon arrivée : guirlandes lumineuses blanches à l’arrière et guirlandes clignotantes rouges à l’avant ! Notre van de Noël est au point, il ne nous reste plus qu’à y passer notre première nuit ensemble. Enfin, ça, c’était ce que je pensais ! Contrairement à ce que Johan m’avait annoncé dix minutes plut tôt, ce n’est visiblement pas dans un camping qu’il m’emmène mais plutôt dans un joli petit hôtel de charme. Avec un lit King Size recouvert de pétales de roses et un incroyable jacuzzi entouré de bougies, cette chambre est un véritable cadeau du ciel qui devrait me remettre sur pied plus vite que convenu. Débuter un road trip de trois semaines avec les aisselles fraîches, le cheveu propre, l’esprit reposé et les yeux plein d’étoiles, c’est quand même pas du luxe !

Au réveil, Johan est littéralement accroché à mon bassin. Fort heureusement, il y a des habitudes qui ne se perdent pas. Je le regarde dormir et souris en repensant aux mésaventures de ces dernières 48 heures. Tout est bien qui finit bien ! Quel bonheur de pouvoir à nouveau le sentir tout contre moi après un mois d’éloignement. Quel bonheur de pouvoir à nouveau poser mes (petits) pieds glacés contre ses mollets torrides et l’entendre râler.

Après un passage éclair dans la salle-de-bain faute de trousse de toilette, on se met en route vers l’aéroport, espérant y récupérer mes bagages. D’habitude, dans un cas comme le mien, les bagages sont retrouvés endéans les 24h et la compagnie se charge de les livrer à son propriétaire. Mais ça, tu vois, c’est uniquement en théorie car, en pratique, la réalité est un peu plus complexe : comment fournir une adresse pour la réception de mon précieux alors que nous voyageons au gré du vent à bord d’un van ? 6 coups de téléphone et 3 coups de gueule plus tard, une employée déboule dans le hall principal en tirant mon sac à roulettes. Cris de joie, doigts en cœur, danse de la victoire : tout y est passé ! Je récupère enfin mes chaussures de randonnée, mon coupe-vent, ma trousse à maquillage et tous les cadeaux de Noël que j’avais emballés avec amour. L’aventure peut désormais commencer !

Let’s take a ride, baby !

À seulement 10 heures du réveillon de Noël, le moment tant redouté des courses est arrivé. A chaque fois, c’est le même refrain : ni Johan, ni moi n’avons la moindre idée des aliments à acheter, on s’aventure alors dans les rayons des grandes surfaces sans but précis ce qui, au final, nous fait perdre pas mal de temps et, du coup, beaucoup de patience. Généralement, dans ces cas-là, la réaction de Johan se fait sans attendre : il se rue dans le rayon des pâtes, emporte 3 pots de sauce ressemblant vaguement à de la bolognaise et finalise son marathon glucidique par un paquet de Doritos au fromage qu’il dépose, non sans fierté, en haut de son panier, telle une cerise sur un gâteau. En bref, la réponse typique du mec qui a vécu 5 ans en coloc’ durant ses études et qui n’a jamais entendu parler de superfood et encore moins d’indice glycémique. Refaire son éducation nutritionnelle dans le rayon des chips est au-dessus de mes forces, d’autant plus que le jetlag me rattrape progressivement, mais j’insiste tout de même pour compléter notre panier avec des légumes et du poulet. Après tout, demain, c’est Noël, non ? Je vais même jusqu’à le convaincre d’investiguer le rayon frais à la recherche de produits laitiers pour le petit-déjeuner. Il s’exécute avec le sourire. Quel coup de maitre dis donc ! Notre menu a enfin de la gueule, on peut passer à la caisse.

Le frigobox bien rempli, nous reprenons la route en direction du lac Pukaki. Les 200 kilomètres qui nous séparent de notre campement filent à toute allure. Les paysages sont d’une incroyable beauté : d’un côté, de larges plaines jaunies s’étendent jusqu’aux montagnes dont les sommets sont toujours enneigés et, de l’autre, des centaines de troupeaux de moutons broutent inlassablement l’herbe des collines. Aucun humain à l’horizon. Quand j’apprends que l’archipel compte 40 millions d’ovins pour seulement 4 millions d’êtres humains, je trouve ça incroyable. Les conditions d’élevage sont si exceptionnelles que je voudrais presque me réincarner en brebis pour errer gaiement dans ces vallées verdoyantes.

Dix minutes plus tard, on aperçoit au loin quelques voitures garées sur le bas-côté, le genre d’indice visuel qui laisse à penser que « quelque chose » se passe non loin. En se rapprochant, on découvre un large champ de lupins sauvages. Ils sont des milliers, jaillissant de toutes parts, droits comme des i et dans un camaïeu de mauve et de rose éclatant. Je n’en crois pas mes yeux ! Ni une, ni deux, on descend du van, bien décidés à improviser un shooting photo parmi les fleurs. Johan prépare son drone, j’embarque mon canotier et nous plongeons tête la première dans ce délicieux bain violet. On s’amuse comme des enfants. Je cours à en perdre haleine à travers les fleurs tandis que le drone me rattrape et me survole. Pour encore mieux savourer ce premier moment de liberté, je retire mes chaussures pour courir à pieds nus. Cet instant est d’une poésie rare. D’aucuns le qualifieront de cliché mais qu’importe, je me sens bien dans ce nuage pourpre. Ma tenue romantique s’accorde parfaitement avec la scène qui se déroule sous mes yeux et je repense, le sourire aux lèvres, à ce moment où Ornella, la patronne du Concept-Store Vintage « Miscellany », m’avait conseillé d’embarquer cette longue jupe fleurie dans mon sac à dos: « Et en plus, elle est infroissable! ». Et elle avait raison! Johan regarde sa montre : voilà déjà plus d’une heure qu’on s’est arrêtés ici, il est grand temps de reprendre la route si nous voulons assister au coucher de soleil sur le lac Pukaki !

On arrive au campement en fin de journée. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée de passer le réveillon face au lac : une dizaine de véhicules sont stationnés aux alentours. Je grimpe sur le toit du van pour assister au coucher de soleil tandis que Johan court d’un bout à l’autre en saisissant l’instant avec son appareil photo. Les eaux turquoises du lac sont paisibles. Pour peu, on en oublierait qu’elles viennent tout droit d’un glacier et qu’il est préférable de ne pas y faire trempette. Au loin, on aperçoit le Mont Cook et son chapeau blanc. Voilà donc à quoi ressemble notre décor de fêtes et, vraiment, ça vaut tous les sapins de Noël du monde.

On termine d’aménager notre campement au crépuscule. Nous voilà fin prêts à festoyer. Qu’est-ce qu’il est beau, notre van ! Je suis ultra fan des loupiottes accrochées à l’arrière. On balance le dernier album de Tame Impala sur Spotify, je grimpe sur la banquette pour commencer à éplucher les poivrons et Johan fait sauter le bouchon de champagne : que la fête commence ! Euphoriques, on se met à envoyer des snaps à tout va à notre famille et à nos amis. À 19 000 kilomètres de nous et de l’autre côté de l’équateur, ils terminent à peine de déjeuner mais peu importe, on les bombarde de selfies et de bons vœux.

Tout enjoués qu’on est, on en oublie de surveiller notre repas qui mijote sur le réchaud à gaz. Enfin, ça, c’est ce que j’ai fait croire à Johan. Pour être totalement transparente avec toi, je pense que je l’ai fait exprès. Quand il s’agit de cuisiner en plein milieu des montagnes, j’ai une espèce de réaction bizarre que Freud qualifierait de déni. Je perçois la faim, mon ventre gargouille, je pourrais carrément baver à la vue d’un taboulé mais je me refuse à penser que c’est en allumant un réchaud que je pourrai me satisfaire. Pour ma défense, il faut avouer que c’est un véritable casse-tête que de cuisiner à l’arrache en pleine nature. Tu dois continuellement faire preuve d’ingéniosité, telle une espèce de McGyver de la bouffe. Par exemple, comment se rincer les doigts qui puent l’oignon quand tu sais que l’eau qui coule du jerrican est super rationnée ? Je pense que la réponse est simple : tu peux toujours te brosser. Et puis, question ustensiles, c’est la misère. Tu dois te contenter d’une batterie de cuisine réduite au maximum et là, je t’avoue que cuire tous les aliments dans une seule et unique popote de seulement un litre et demi, c’est digne d’une épreuve de Koh Lanta où même le chef Philippe Etchebest serait recalé. Rajoutons à cette expérience culinaire ô combien agréable le fait qu’au moindre coup de vent, le réchaud s’éteint et tu auras une vision de la mouise dans laquelle nous étions ce soir-là. Bon, j’exagère sans doute car le réchaud s’est finalement rallumé, le repas a cuit du tonnerre et nous avons dévoré notre poulet curry en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Après le repas, tradition familiale oblige, je déniche un vieux bout de papier sur lequel je me mets à rédiger ma liste de vœux. Depuis que je sais écrire, il ne se passe pas un Noël sans que je ne répète ce rituel bon enfant. Avec les années, je constate que la liste se réduit et cela me fait sourire : mes vœux sont fort heureusement plus concis et sensés que durant mon enfance. Je plie ma liste en 4 pour éviter que Johan ne la lise et je m’empresse de la déposer sous un gros caillou afin qu’elle soit baignée par la nuit de Noël. J’insiste pour que Johan écrive la sienne, en vain. Il doit certainement trouver ça nunuche mais je m’en fiche. J’ai accompli ma mission du soir, je peux donc vaquer à mes occupations, c’est-à-dire lever ma coupette et porter des toasts.

3 … 2 … 1 … Joyeux Noël !

Il y a un an, jamais je n’aurais imaginé fêter Noël dans les bras de l’homme que j’aime, celui qui fait chavirer mon cœur depuis plus d’un an et en qui j’ai une confiance absolue. Il a fait de moi une jeune femme plus sûre d’elle, attentionnée, aimante et équilibrée. Il a révélé l’aventurière qui était enfouie en moi, m’a redonné confiance en l’Amour et a transformé chacune de mes faiblesses en une force incroyable. Alors même si ce soir je ne portais pas de jolie robe, que notre menu ne comprenait qu’un seul service et qu’il n’y avait ni bûche et ni sapin de Noël au programme, je peux t’assurer que la magie était plus présente que jamais parce que nous étions ensemble et sans artifice.

Cette première journée au pays des kiwis est de bon augure pour la suite de nos aventures. S’il n’y avait qu’un vœu à inscrire sur ma liste, je voudrais que ce soit celui de vivre chaque moment du reste de ma vie avec pareille intensité.

2 Commentaires

2 Commentaires

  • Laureen

    Magnifique article! Tu m’as fait retourner avec toi au pays des Kiwis! Merci ! 🙂

  • Savannah

    Elles sont magnifiques vos photos, c’est incroyable ! J’adore les paysages de montagne ainsi que les champs de fleurs. Ils sont beaux ces lupins sauvages, j’aurais aimé y être, moi aussi 🙂

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